Les médias s'emparent de l'affaire

La tombe de Pachacútec ?

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À partir de janvier 2013, l’équipe Inkarri constate un emballement médiatique. Mais les journaux déforment les propos de Thierry Jamin : son hypothèse que la chambre funéraire pourrait être celle de Pachacútec devient chez eux une affirmation. 

Au Pérou, une déferlante médiatique s’abat sur Inkarri

Le 19 janvier 2013, le journal péruvien El Comercio, titre en première page « Indagan si en tumba de Machu Picchu hay oro », soit « Ils recherchent de l’or dans une tombe de Machu Picchu ». Le quotidien explique ensuite en première page que « la découverte d’objets en or et en argent dans une chambre funéraire de Machu Picchu oppose un groupe d’explorateurs au Ministère de la Culture qui refuse de leur accorder un permis pour continuer leurs recherches ». Puis le quotidien, dans sa page A16, explique sur quatre colonnes les découvertes réalisées en avril 2012 par l’équipe de Thierry Jamin et le « conflit » qui les oppose désormais aux responsables du Ministère de la Culture. Le ton est volontairement sensationnaliste. Les journalistes insistent sur la « présence de grandes quantités d’or et d’argent ».

Le 7 février 2013, le site Internet péruvien d’informations Rumbos publie à son tour un large article sur les découvertes réalisées quelques mois auparavant par l’équipe Inkarri – Cusco. Cet article détaillé et objectif met le feu aux poudres.

Cette fois-ci les médias nationaux reprennent le sujet. De nombreuses radios locales et nationales, comme RPP, des chaînes de télévision, comme ATV, et de nombreux journaux s’emparent de l’affaire.

El Comercio

El Comercio

19 janvier 2013

Rumbos

Rumbos

7 février 2013

Quand les hypothèses de Thierry Jamin deviennent des certitudes : certains médias affirment qu’il aurait trouvé la tombe de Pachacútec !

Le 8 février 2013, le journal El diario del Cusco titre en première page « Afirman que hallaron tumba de Pachacutek en Machu Picchu. Hipótesis de franceses fue cuestionada por autoridades peruanas », c’est-à-dire « Ils affirment avoir découvert la tombe de Pachacútec à Machu Picchu. L’hypothèse des Français a été soumise aux autorités péruviennes ». Le journal de Cusco présente en détails la découverte des cavités souterraines découvertes par l’équipe de Thierry Jamin en avril 2012. Mais il évoque l’hypothèse de la tombe de Pachacútec comme une certitude. Et bien sûr, il n’oublie pas de mentionner la présence de dépôts d’or et d’argent : «­ Le Français Thierry Jamin affirme avoir découvert un mausolée inca contenant de grandes quantités d’or et d’argent ainsi que plus d’une douzaine de sarcophages. » Des propos recueillis la veille auprès de Thierry Jamin, mais largement déformés.

Dans cette même édition, les autorités locales du Ministère de la Culture (Direction Régionale de Culture de Cusco) affirment de leur côté qu’il « est impossible de découvrir un trésor caché dans la citadelle inca ». Et l’archéologue péruvien Luis Lumbreras « puso en duda el anuncio del francés, y asegura que el lugar fue saqueado durante la Colonia y señala que Jamin no es un personaje conocido » c’est-à-dire qu’ « Il conteste les affirmations du Français, affirmant que le site avait été pillé pendant la période coloniale et soulignant que Jamin n’était pas une figure connue ».

El Diario del Cusco

El Diario del Cusco

8 février 2013

Le journal consacre ensuite l’intégralité de sa page 12 à « l’affaire Machu Picchu ». Dans un article accordé à l’anthropologue David Ugarte Vega Centeno, Directeur Régional de Culture du département de Cusco, celui-ci déclare qu’ « il est quasiment impossible qu’il existe un trésor caché à Machu Picchu ». L’attention semble alors se focaliser sur la présence d’or et d’argent.

Dans ce même article, Ugarte qualifie Thierry Jamin d’aventurier et indique que la cité inca de Machu Picchu aurait été saccagée de nombreuses fois. « Le dernier en date, dit-il, fut Hiram Bingham ». David Ugarte affirme -mais sans ne jamais apporter aucun élément technique-, que remuer les pierres de l’édifice où se trouve la fameuse entrée, mettrait en péril toute la structure de l’édifice.

L’ancien directeur régional de culture de Cusco ironise ensuite sur Thierry Jamin : « Luego de la búsqueda del Paititi y El Dorado en los pasados años, ahora la fiebre es encontrar tesoros en Machu Picchu », c’est-à-dire « Après la quête de Paititi et d’El Dorado ces dernières années, maintenant il a la fièvre pour trouver des trésors à Machu Picchu. »

Le même jour, dans le journal Perú 21, David Ugarte dramatise encore et déclare qu’il fallait manier l’information concernant la découverte des cavités dans le sous-sol du Temple des Trois Portes avec beaucoup de prudence, « porque podríamos originar un saqueo o el desprendimiento de alguna infrastructura de nuestro principal ícono turístico », « parce que nous pourrions provoquer des pillages ou endommager certaines infrastructures de notre principal emblème touristique. »

 

De son côté, le journal Correo du 8 février consacre à son tour un article en page 3 sur l’affaire Machu Picchu. Là encore, les responsables de la Direction Régionale de Culture – Cusco font tout pour décrédibiliser la découverte. L’article est titré : « Francés asegura que se trataría de contexto fúnerario de Pachacuteq. DRC desvirtúa hallazgo de tumba real », « Le Français affirme qu’il s’agit du contexte funéraire de Pachacútec. La Direction Régionale de Culture réfute la découverte d’une tombe royale. »

Perú 21

Perú 21

19 janvier 2013

Correo

Correo

8 février 2013

Voir aussi en page 10 du quotidien Trome, du 8 février 2013, l’article intitulé « Au Machu Picchu, ils ont peut-être trouvé le tombeau de Pachacútec. »

Durant toute cette époque d’intenses polémiques, l’attitude de l’archéologue péruvien Luis Guillermo Lumbreras fut plus que déroutante. En effet, cet archéologue de Lima a passé une grande partie de sa vie à chercher des preuves prouvant que Machu Picchu était bien la Llactapata des Incas, telle qu’elle est décrite dans la Suma y Narración de los Incas du chroniqueur Juan de Betanzos. Et c’est dans cette Llactapata, selon Betanzos (Chapitre XXX) que l’empereur Pachacútec aurait ordonné de construire sa tombe, pour lui et sa descendance. C’était aussi la grande hypothèse de Lumbreras.

Trome

Trome

8 février 2013

Reniement : Luis Lumbreras n’est soudain plus sûr que Machu Picchu renferme la tombe de Pachacútec...

En 2005, Luis Guillermo Lumbreras participa à la rédaction du livre collectif Machupicchu. Historia, Sacralidad e identidad. Dans un très long article intitulé « Machu Picchu, el mausoleo del emperador » (pp. 14 – 38), celui-ci écrit, par exemple : « Il ne fait aucun doute qu’un sanctuaire de haut rang s’y trouvait. Si l’on en croit les documents du XVIe siècle, toutes les installations agricoles, nombreuses, étaient destinées à produire des biens pour le culte des morts incas. Machu Picchu est à plus de 100 km de Cusco en train. Il pourrait bien s’agir de Patallaqta ("ville en hauteur"), le lieu où la momie de l’Inca Pachacútec était conservée et vénérée. »

Et pourtant, Luis Guillermo Lumbreras va déclarer le contraire de tout ce qu’il a toujours affirmé au cours de sa carrière !

Machupicchu. Historia, Sacralidad e identidad

Machupicchu. Historia,
Sacralidad e Identitad

Article de Luis Lumbreras

Les responsables locaux du ministère de la Culture vont rivaliser d'idées pour dénigrer le travail de Thierry Jamin et de son équipe.